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Le temps qui passe

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Karine Bergami

 

Tous les jours c'était soupe de betterave. Le pays entier était couvert de betteraves, plus rien d'autre ne poussait sur les sols pollués. On roulait au jus de betterave, on bouffait de la betterave, on pissait de la betterave. Les routes étaient rouges bordeaux, les nuages rosés, les gens lie de vin; bronzés ils viraient cramoisis. La vie était morne à part chez Lili. Les privilégiés se rendaient dans son restaurant, elle seule savait accommoder les betteraves à toutes les sauces, gratin, tarte, tourte, soufflé, gâteau.

Hélas, le jus de betterave fermentait et ne se conservait pas longtemps. Bientôt un champignon d'un genre nouveau fit son apparition, formant des traînées blanchâtres. On déplorait déjà des milliers de morts attribuées à une épidémie de désespoir.

Les fûts contaminés furent adressés généreusement à la cantine des pauvres. Aussitôt ingurgité le jus infect et infecté, les corps se tordaient, des spasmes musculaires secouaient les membres, deux minutes de souffrance puis la mort. Les corps étaient alors broyés, dispersés par hélicoptère sur les champs de betterave, un joli camaïeu de rouge, un engrais miraculeux. Les parasites allaient ainsi rejoindre leurs congénères dans la terre.

La grande piscine olympique nationale dut fermer ses portes, les tâches commençant à gagner l'eau betteraveuse, les athlètes périrent. Tous étaient touchés, la pandémie annoncée par le Grand Livre avait commencé.

Seuls quelques ivrognes qui faisaient bouillir leur jus furent épargnés.

Les champs étaient désormais en jachère, des millions de fleurs nourries par les corps, les champignons ou un mélange des deux se mirent à éclore de toutes couleurs excepté le rouge.

 

 

Karine Bergami nov 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n'est pas très fin, limite grossier, maigre, en surface. C'est pas sa faute, mal élevé, brut, une viande de porc. Sournois, toujours à l'église, aspergé d'eau de Fabergé. Il rêve de champagne, de saluts militaires. Le cerveau végétarien, véritable lisier chauffé au soleil. Espiègle, fourbe, toujours à dire amen. Un parfum de cimetière dès qu'il ouvre la bouche. Des oeufs de lump les jours de fête, il collectionne les bouchons de cidre. Nourri de latin, il commence à s'empâter. Une brûlure d'acide, un peu de chaleur, la main sur la plaque électrique, il repart en campagne.


Fourbe comme un amen, espiègle comme un cimetière elle sent les oeufs durs, parfum de fête, parfum d'enfance. Un réveil militaire, du latin au petit-déjeuner, du pâté sur du pain et elle part travailler. Fabriquer des bouchons, 200 par jour, dans une chaleur, une odeur. Supporter la brûlure du liège. L'église comme refuge. Un salut à la vierge et au Père Fabergé. Sournois, végétarien, il boit du champagne dans la sacristie. Au soleil elle efface le lisier de ce porc, de cette brute mal élevée qui l'a prise pour de la viande, un morceau réservé. Avec ses souliers grossiers, ses bras maigres, elle décide d'écrire sa fin.

Forcément, ça serait la nuit.

 

Ça puerait la naphtaline, la laine bouffée. Les mites voleraient, les poils de leurs corps, leurs ailes se décomposeraient.

Enfin, ça serait le désordre, les chaussettes entremêlées. Le slip du lundi à la place de celui du vendredi. Le sale, le propre contaminé. La porte à jamais fermée. Les yeux rouges du monstre englués de conjonctivite, paupières closes. Il ne pourrait plus faire peur au petit. Les deux têtes du vison de mémé, tombantes, détachées. Une faune grouillante, de la poussière de vie qui remplacerait la netteté, le nettoyage dominical, la lingette exterminatrice de 99,9% des bactéries.

Ô sœurs assassinées, torturées, javellisées enfin ressuscitées.

Des tiroirs branlants, des miettes de brioche fossilisées.

Faudrait pas retomber dans une période faste.

La crise y aurait que ça de bon, des déchets, des objets inutiles. Les liasses du bas de laine de pépé parties en poudre. Pauvre pépé, ses cendres renversées sur le cadran. Lui qui aimait tant la ponctualité.

Les cheveux des poupées salis, leurs corps désarticulés.

L’aspirateur, le balai ne pourraient plus nuire.

Forcément ça serait tout le temps la nuit, juste quelques rais de lumière. L’ours en peluche pourrait vivre son étreinte avec le soldat de plomb encore vert malgré le poids des guerres.

La radioactivité aurait désintégré les yeux bleus de cette pimbêche de Barbie, fondue elle pleurerait son maquillage.

Enfin ça serait la nuit, une nuit scintillante de crasse.

 

Karine B ; le 13 janvier 2009

 

Tes dents de devant sont tombées. Mais souris donc à ton chat qui souffre. Quoi, des pommes autour du poulet! Fallait pas l'inviter ta mère. Hier, j'ai regardé Derrick. Je prendrais la petite part du poulet. Ça parlait de procès, d'avocat, de mari qui ronfle, je sais plus. Faudrait pour ce soir du guacamole en entrée. Va chez le coiffeur, 30 euros pour un peu de magie… Des comptes, des déficits au milieu de Noël, ça ira pas. Tu as les bas qui plissent. Tu es vraiment collante les mois difficiles. La vie des autres ça me troue. Et ton dermatologue, toujours à compter les points noirs. Toujours la carabine chargée, en chasse. Laisse les phares tranquilles mon sanglier. Tu te souviens de notre voisin Ali avec ses mains mordues par le froid. Son chien Bonbon qui avait croqué puis sucé les valeurs du voisin. Ce qu'il avait pu gueuler. Il avait craché les noyaux de son clafoutis un par un. Comment te rendre ton appartement, te dire que je ne t'aime plus. Tiens, voilà ton livre Raoul. Tu n'es même pas venu. Six jours par semaine, la poussière, la lessive, l'hospital. J'ai des fourmis dans cette maison. Drôle de cadeau autour du sapin. T'en veux une. J'ai pris 3 kilos d'ennui. Je t'ai déjà dit que j'aimais pas les huîtres.

Je reprendrais bien du poulet.

 

Karine Bergami

Elle ressemble à une mante, toujours après lui.

Elle l'enrobe de précaution, toujours le contrôler.

Elle le prépare de façon subliminale, bientôt l'avaler.

Elle va le conjuguer, l'accorder à la mort.

 

Il est une tache dans sa vie.

Il est roux.

Il va ravaler ses flatteries.

 

C'était son idée à lui, aménager les combles.

Chéri, fais attention à l'escalier.

Son dû à elle, sa jolie tête rousse en bas des marches.

 

Une paire de claques, et il a trébuché.

Pas d'héritier, une masse de thunes à retirer.

 

Pour lui, elle avait dit oui au Gard.

Les toilettes dans le jardin, les poux.

Des ténèbres d'ennuis, des années à couver.

Elle a attendu. Dans le noir elle a dormi.

 

Blasée, elle l'a porté au ciel, en fumée.

Pendant la cérémonie, elle avait reniflé. Une cathédrale d'ombres larmoyantes, une nef de pleurs.

 

C'est qu'il était respecté son homme, son mari, son amant.

 

Le coffre enfin descellé. Elle soulève son corps de la chaise, elle écarte le voile de ses yeux. Elle aperçoit sa vie sans lui.

 

 

                                                                                              Karine Bergami

 

 

Avant, une quasi platitude abdominale, quelques relâchements des tissus. De temps en temps, des reflux mordorés, des magmas dégradés, acides.

 

Il avait fallu qu'il vienne un soir d'été. Tout s'était mélangé, le désespoir, le 14 juillet, l'alcool frelaté. Elle s'était pas méfiée, un pompier. En plus, elle était vaccinée. Tout avait glissé, dégénéré, en bas.

 

Désormais, c'était comme une descente d'organe, un feu, une grosseur installée. Sans doute un staphylocoque, doré. Régulièrement des fourmis rouges qui remontent, des ballonnements, des rongements intérieurs. Parfois, des rumeurs venues des entrailles. La douleur de son geste à lui, pas oubliée.

 

Ensuite, la peau crevassée, les parois dilatées, un renflement, une masse brune. Ses muqueuses squattées. Une douleur de soi, de l'autre.

 

L'expulsion de l'ennemi intérieur allait pouvoir commencer.

 

 

Karine Bergami

Louis et Geneviève, le 17 juin 2008

 

 

Deux prénoms entrelacés, gravés sur du plaqué.

Un tracteur hypothéqué contre deux alliances usagées.

L'église du quartier.

Les invités, tous morts de vieillesse prématurée.

Pas de vieux, pour le couple sur la pièce montée.

Comme cadeau, elle sans sa robe serrée.

La peau de son cou comme un collier.

Une bonne raison de changer les draps, d'aérer.

Il s'est coupé, un camaïeu rouge sur un fond alcoolisé.

Elle a le regard troublé d'amour forcené.

Se maquiller.

Le crayon dans l'œil a dérapé.

Cataracte oubliée.

La robe de mariée.

Quarante ans enfermée.

Une photo fanée.

Des cheveux clairsemés.

Enfin trouvé.

Un mari, même imbibé.

Une nuit de noces étoilée.

 

Karine Bergami. le 17 Juin 2008

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