8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 17:12

/page/3/humeur_du_chef_4160.jpgC’est drôle l’italien, c’est une langue qu’on s’obstine à ne point vouloir apprendre et qu’on rêve de parler dès qu’on l’entend.

Même les mains se mettent à bouger tandis que la langue se trouve trop près du palais et bien trop enchâssée entre les dents afin qu’elle se délie et s’enflamme sur une autre langue qui viendrait l’embrasser.

Hier soir, cinéma. Au cinéma après une longue diète. Le Sémaphore, à Nîmes. Petite salle mais bien assis, bonne image, bon son, un bistrot sympa avant et hop :

Viva la Liberta de Roberto Ando…

Quoi de mieux après  avoir déserté les salles depuis trop longtemps que d’y reprendre goût avec un film italien.

On peut toujours rêver. Rêver que notre François, tombe malade, et qu’il soit remplacé au pied levé par son frère jumeau et que tout ce qui semblait impossible, se mette en branle et que l’improbable se pare de la folie douce, de l’esprit, de la finesse et de l’espoir. Bref, tout ce qui manque à la politique.

Je n’en dirai pas plus, il faut aller le voir. Il faut  s‘asseoir et déguster lentement chaque plan comme une pâte al dente jusqu’à satiété.

Qu’elles sont belles les femmes dans ce film. Des vraies, pas du cinéma, avec des cernes, avec des rides, avec  pour moi tout ce qui fait de la femme l’être le plus abouti dans notre univers. Une phrase, «  je porte en moi tous les hommes que j’ai aimés ».

En sortant dans la nuit, je suis repassé devant une fontaine de Nîmes devant les arènes, et j’étais Marcello, et Anita Ekberg qui me souriait, m’attendait dans l’eau.

 

Un film de Roberto Andò Avec Toni Servillo, Valerio Mastandrea, Valeria Bruni Tedeschi

 

 

 

  

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 10:00

20100817PHOWWW00036Retour au lac Baïkal...la mer de l'intérieur comme un Sylvain Tesson. Une maison dans les montagnes, un dernier message puisqu'ici il n'y aura plus rien pour se relier.

Et puis les instants ultimes, avant plongée dans le silence, où le seul bruit qu'on perçoit est celui d'un tambour. On appelle çà le cœur. Un coeur inutile en chiffons et qui tourne et qui frappe le silence comme l'aviron pénètre une eau calme. Et les montagnes se fondent et se transforment en vagues. Puis gronde le Vacarme incessant d'une mer intérieure qui s'en vient frapper sur les rivages d'une mémoire abrupte et découpée comme les rochers du côté de keller. Avec ce désir érigé comme le phare du Créac'h, ou bien celui du Fastnet, avec ce cœur qui fait chier et qui se cherche un abri dans la baie de Lampaul, d'où part un petit vélo qui parcourt sur les chemins moelleux, une randonnée infernale dans les souvenirs incandescents.

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31 janvier 2014 5 31 /01 /janvier /2014 08:38

/page/3/21145726.jpgDemain matin je partirai...demain j'irai, avec mes pauvres mots. Demain j'irai, moi qui ne suis pas Hugo, et je te retrouverai pour te serrer dans mes bras, mon enfant, mon amour, mon soleil, ma joie. Demain j'irai, vers vous mes amours, mes étoiles, mes enfants, moi qui ne suis pas Hugo et qui de mes pauvres mots, ne peut en dire que trois, je vous aime.

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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 13:49

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27 janvier 2014 1 27 /01 /janvier /2014 12:44

Oh mon amour vient dans mes bras, que chante une femme sur un fond de New Orleans.

C’est lundi, retour à la Gaieté après deux jours de gris. C’est pas que çà me gène, çà me surprend, mon café croissant n’est pas cher aujourd’hui. Y’a une petite prime d’assiduité on dirait. Je suis près du chauffage comme à ‘école. Y’a du rouge, y’a du jaune. Fait chaud. Cà décongèle le cœur.

 

Mesdames et messieurs, le trafic est interrompu sur la ligne 6 à cause d’un accident de voyageur. Veuillez choisir un autre itinéraire. Nos agents sont à votre disposition pour plus de renseignements. C’est quoi les renseignements ? Il va bien le voyageur ? Il voyage vers la planète Mars ou bien ? On va recoller les morceaux, ou il est parti dans plusieurs colis ? On l’a poussé, ou bien il s’est poussé lui même, mû par un besoin irrésistible de s’envoyer en l’air pour 1 euro 70 ?

 

Dans la rame, c’est le silence des agneaux.  Annibal Lecter porte une échelle sur l’épaule. Il est revêtu d’une combinaison grise.

Il tient un seau et des paquets. Il fait dans le papier peint. Il s’en va coller des affiches sur les courbes, avec des têtes de winners.

Il me jette de temps en temps un regard inquiet. Assise sur le strapontin d’en face, un casque avec des moumoutes sur les oreilles, une jeune femme à lunettes, lit « Les mots latins ». Un autre à côté, absorbé, dans un costume noir et de rigueur, lit L’inquiétude ».  Pour la blonde à lunettes c’est un mot latin, un sms, un mot latin, un sms. Elle aussi de temps à autre m’observe et replonge vite fait dans les déclinaisons et sa télégraphie sans Phil.humeur-du-chef-4118.JPG

Un type rentre à Varenne. Un bonnet rasta sur la tête. Sous ses yeux des larmes sont tatouées. Excusez moi, mesdames et messieurs, ne me regardez pas comme une bête, je vous demande juste une pièce ou deux parce que c’est difficile, et ne me jugez pas, c’est humiliant de demander, c’est dur, juste dur de demander, ne me regardez pas comme une bête… moi je le fixe dans les yeux. Je le regarde.

Plus jamais je ne baisserai les yeux. Il me flingue autant qu’il me considère. Il démarre sa quête. Quand il est à mon niveau, je lui donne une pièce. Il me remercie. Il me dévisage d’un air étrange. Je l’attrape par le bras. Vous n’êtes pas une bête. Monsieur, vous n’êtes pas une bête. Vous êtes un voyageur comme nous. C’est pas first classe pour tout le monde mais on y va tous. On va tous au même endroit. Il me remercie en mettant sa main sur son cœur. Il continue sa course tout en continuant à me dévisager à chaque fois qu’il se retourne.

Tout le monde autour me dévisage à présent. Je suis un extra terrestre. A la station d’après, il s’apprête à sortir. Il hésite. Il me remercie d’une voix vive et d’un mouvement du corps comme quelqu’un qui aurait mal regardé une vidéo de Nadine de Rothchild.

La petite dame de l’autre côté de la travée me sourit d’un air compassé. Un mec plus loin me fait carrément la gueule en maugréant. Tous les autres me clouent. Putain qu’est ce qu’ils ont à me regarder comme çà ? Ouais, je sais, çà fait trois stations qu’il y a de l’eau salée qui dévalent sur mes joues. Ouis,Je sais les écluses ont pété depuis deux mois.

 

Au comptoir, y’a un type qui susurre,  qui tétine,  qui mordille, qui tire et qui aspire et qui extrait  de sa sucette un nuage de vapeur. Il vapote comme on tête un sein. Deux tables plus loin, un couple de beaux est assis. Une petite caméra et elle, elle filme son mec en lui disant parfait, continue comme çà. Plus  loin, un acteur sirote un citron. Celui là je l’aime bien. C’est une tronche que j’aime bien  dans les films aux teintes Caro et Jeunet.

Il joue le soir deux théâtres plus loin. C’est quoi un acteur ? C’est quelqu’un qui joue deux heures tous les soirs et qui vit le reste du temps. C’est juste le contraire des autres.

Qui lui tourne le dos, assis sur un tabouret, collé au comptoir, y’a un type qui réfléchit à chaque mot qu’il tape à deux pouces sur son portable. Il sourit autant qu’il s’inquiète. Il regarde au plafond. On peut lire dans ses pensées. Son regard se perd, se fige puis il revient à son message. Peser ses mots. Mettre la virgule là où il faut. Porter la phrase en l’assumant, dire l’essentiel et donner à espérer autant pour soi même que pour l’autre. Ah, il a eu une réponse. Forcément c’est pas la bonne, ou du moins celle qu’il attendait. Cà se voit rien qu’à sa gueule. Désolé mec, je vois à travers les crânes. Je suis fait comme çà. A force d’attendre ce qui ne vient pas, on accepte ce qu’on ne souhaite pas. Son visage s’assombrit, verse dans l’inquiétude. Faut revoir le chapitre des déclinaisons. Ou choisir un autre itinéraire.

 

Dehors, je tire ma sèche à l’abri. Y’a un type qui prend en photo, une belle et callipyge madame  qui se fait rhabiller sur une pub. Sort, le couple qui se léchait la bouche en regardant Popeye sur l’écran du bar. Il pleut.

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 12:03

humeur-du-chef-4115.JPGBistrot, café, bar, gargotte, rad, troquet, chapelle, estaminet, il y fait chaud. The Duke, le piano me happe une fois la porte franchie. Dans un piano, les marteaux tapent sur du velours. Dans ma tête, la bière d’hier soir sévit encore et cogne toujours. Cà me rend un rien affecté et sentencieux. Je digresse, je conférence, ex cathedra mais dans ma chapelle intérieure je me dis en conclusion d’un séminaire autogéré autant que solitaire qu’un bon café c’est comme le drapeau suisse c’est la paix au milieu et le sang tout autour.

 

Il porte des mitaines. Ses gros doigts dépassent et roulent avec difficulté la tige qu’il se fabrique. Mon tabac est sec. On arrive aux miettes. Je lui dis de s’en rouler deux. A deux c’est toujours mieux, surtout quand il fait gris et que la rue est froide. Le temps d’allumer sa clope et t’as la gueule qui s’éclaire. Dans un instant la flamme d’un briquet à deux balles réchauffe les joues. Ce mec à la figure démolie a été un gamin. Plus loin encore un petit. Peut être même que ses joues ont été embrassées. On ne sait pas. On n’en sait rien.

 

Plus tôt, dans la rame qui me mène au comptoir, les gens ont un regard fixe, perdu. On dirait qu’ils sont à la messe, ou au temple ou à la synagogue ou bien à la mosquée. Un léger rictus quand ils se lèvent traduit un « allez, faut y aller… » Manque un signal vert comme pour les parachutistes, « go »…Là quand tu fais « go » tu ne tombes pas. Tu remontes. A trois sièges plus loin, reconnaissable parmi tous, y’a un vieux chinois qui est heureux. Il sourit. Il sourit pour tout le monde. Malicieux, on dirait qu’il a péché le bonheur de tous. C’est peut être pour çà que tout le monde fait la gueule en tricotant son portable.

 

Dans la rue, devant la porte du bar, j’aspire sur ma sèche et à des jours meilleurs, quand un vieil homme, à l’allure de paysan en costume du dimanche, s’adresse à moi. Il tire un cabas à roulettes. Anxieux et le  polo boutonné jusqu’au col, il me demande où se trouve la mosquée. Alors mon bon monsieur, comment dire…la dernière fois qu’on m’a demandé un truc pareil, c’était à Hyderabad, en Inde. Un groupe de pèlerins s’est dirigé vers moi d’un pas décidé. L’un, habillé comme une salamandre, tout en noir tiré d’un trait jaune, m’a demandé en Hindi où se trouvait le temple. J’étais content autant que décontenancé. Enfin je n’étais pas cadenassé. Je ne suis pas ce que je fais, je ne suis pas ce que je crois. Quelque soit l’endroit où le pays, je suis le mec à qui on demande où c’est. Moi j’en sais rien. Je suis comme un panneau indicateur, j’en sais rien où c’est.  Parce que je n’en ai aucune conscience, mais voilà c’est marqué sur ma gueule, c’est par là… C’est peut être ce que je dois faire ici bas, dire aux autres d’aller là où je ne sais pas.

Faut remonter par là, à gauche et puis voilà…Mais Il faut que je retrouve mon chemin car quand un poteau indicateur se perd, c’est signe de mauvais signe.

 

Y’a un mec au comptoir qui met au moins quatre sucres dans sa tasse, c’est plus un café, c’est au moins un sirop ou bien une tisane colombienne.

 

 

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 12:06

humeur-du-chef-4114.JPGJe suis devant mon petit noir. Mon Jus, ma tasse. Je bois la tasse. C’était écrit quelque part. Dehors, tout le monde est habillé en noir. De quoi porte t’on le deuil ?

Dans le métro une femme est revêtue tout en bleu. Son  bleu lumineux irradie. Elle semble regarder autour d’elle, étonnée. Elle fait sa curieuse comme moi de ce qui se trame dans les têtes qui dépassent. De tous ces oripeaux en berne, la tête s’échappe d’un côté. Au bout des mains, le téléphone portable éructe de l’autre, pour un autre, pour une autre. Clic clac, message à deux pouces. Clic clac, les portes automatiques. Clic clac, la porte de la rame. Clic clac, les pas dans les escaliers. Choisir le courant. Ajuster sa trajectoire. Aux carrefours des tunnels çà déboule. Chacun choisit un sens dans une direction. Tout cela  a t il un sens ? Une direction, deux sens. Je suis bousculé, balloté dans la cohue des fourmis à tête d’humain. J’ai tout mon temps. Les autres non, qui s’en vont au pas de course. Un bon marin ne court jamais. Je le suis, même ici.

Y’a un gars qui fait irruption dans la rame. On ne peut pas dire de quelle couleur il est habillé. « Excusez moi de vous déranger….j’ai pas de travail. Si quelqu’un peut me donner une pièce pour manger, un ticket restaurant…je vous remercie ». Le métro couine dans un virage. Ce sera sa réponse, sous le soleil des néons. Des regards sans âme le fixent. D’autres regardent ailleurs, le sol. Le sol crasseux. Une main farfouille dans sa poche. La mienne aussi.  Une clochette en porte clé, deux allumettes, des miettes de tabac, un vieux ticket de métro et quelques pièces.

C’est un boulot d’arpenter les rames comme on part à la chasse. Des portraits de belles personnes ornent les murs du métropolitain. Elles sont toutes en courbures comme les reins d’une fée, comme les murs des tunnels parisiens. Chacun vend ce qu’il a, de la beauté pour les uns, de la misère pour les autres.

Guitare dobro, slide, bottle neck,  le temps s’arrête à l’ouest. Ca piaule  sur les cordes, et  Ry Cooder dans ma tronche. Ca transperce jusqu’au cœur. Bagdad café, je suis dans mon Bagdad café. Une grosse dame passe sur le trottoir. A deux tables, y’a deux mecs en vis à vis qui parlent fort, qui s’animent. Ils parlent de combats, de coups et d’honneur. Ce sont deux boxeurs. Ils rient. Chacun est attentif à ce que dit l’autre. Ne pas quitter un ring la gueule démolie, ne pas massacrer, donner, s’engager, lutter et vaincre ensemble. Putain c’est beau, on dirait du Borhinger. L’attention et le respect se logent là où l’on ne s’y attend pas.

Rue du Maine, y’a un type qui porte sa contrebasse, « la mémé ». C’est beau une contrebasse. C’est beau un type qui porte une contrebasse. C’est comme un couple d’amoureux. Cà fait vibrer les basses. Le type à la contre basse revient, il s’a gouré, contresens qui le fait croiser la grosse dame de tout à l’heure. Je les aime bien, c’est mon film. C’est mon film que j’aime bien.

Y’ a une porte de placard qui s’ouvre sous la machine à café. Un type en combi et en gilet vert fluo en sort. Il fait le tour du comptoir, un balai et un seau dans les mains. Il me demande de lui ouvrir la porte. Il est vraiment bien ce film.

 

 

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22 janvier 2014 3 22 /01 /janvier /2014 12:37

humeur-du-chef-1227.jpgC’est l’heure où les cuistots et les barwomen mangent. Toujours le blues qui coule à l’abri derrière les vitres du bar. Ce matin dans le métro une femme était à genoux appuyée sur les mains, le visage contre le sol. Elle avait posé un gobelet en plastique devant elle. Des courants d’air froid engouffrés dans ce tube en céramique glaçaient jusqu’au os.  Sur les murs de la pub pour des voyages de rêves et deux têtes de cons qui expliquaient dans leur com pour avion comment ils s’envoyaient en l’air. Une annonce qui dégueule depuis les boites à paroles, « attention des pic poquet peuvent… » Ouais c’est sûr qu’ils peuvent. Même qu’il faut garder son portable dans la poche qu’ils rajoutent, et puis en anglais, en allemand, en japonais, en volapuk, et tout çà.  Tu vois les gens qui instinctivement mettent leurs mains dans les poches. Faire gaffe, garder son pognon, surveiller jusqu’à son cul. Marcher, marcher et sortir du tuyau. Passer devant la vieille à genoux. Passer comme un courant d’air,  sur elle comme une caresse froide. Ignorer, se donner bonne conscience en se disant, c’est sûr, elle est obligée par une bande d’abrutis. N’empêche. Elle est à genoux et je suis là devant. Moi je suis debout. A genoux, je connais, çà fait mal au cul, çà fait mal au cœur. C’est un putain de boulot, d’autres baissent leurs frocs à longueur de journée pour la même chose, mais au chaud et sans en avoir l’air. Une autre vielle n’arrive pas à sortir de la rame, j’ai faillit prendre sa canne dans la gueule. Elle chancèle. Elle trébuche. Elle m’atterrit dans les bras. Elle gueule contre le métro qui veut repartir. Sonnerie. Je tends la main pour que le conducteur me voit. La sonnerie s’arrête. Je remets la vieille sur les voies, enfin sur le quai. J’embarque. On repart, « merci beaucoup » dit la diffusion interne du métro. Autour de moi, on me regarde, étonnés, curieux.  Ben quoi, Je suis pas Bruce Willis, lui il est sur les affiches, à côté d’une pub pour un Smartphone. Je repense à l’autre à genoux. C’est notre humanité qui est à genoux.

Au comptoir, un vieux et sa bière de 11 heures  lit son journal dont il tourne les pages d’une main tremblante. Sur le tabouret d’à côté un gros casque de motard. Je ne regarde que le casque, au dessus le mec cause de ses recherches de boulot. Faut un diplôme de chercheur pour en trouver qu’il dit. Sur le trottoir d’en face, une femme en laisse se fait entrainer par son chien qui a décidé de passer au rouge. Un camion de vitrier pile. Un balayeur vert fluo et emmitouflé repousse une merde du pied.  Le bousculant, Y’a un gros qui suit son ventre. Et le blues, John Lee Hooker, toujours John Lee Hooker. Le cuisinier indien  mange des nouilles avec une fourchette. Je rêve d’être à Dehli et manger une masala dosa avec  les doigts. Un morceau de guitare, sèche, une mélodie, tiens je pleure, c’est con, on est rue de la Gaieté.

 

 

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21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 12:16

humeur-du-chef-4113.JPGElles sont Assises sous la glace à facettes. Y’a deux filles qui gloussent au fond du café. Elles épluchent leurs doigts. Elles gigotent. Elles se trémoussent. Elles chuchotent. Elles se confient, s’abandonnent pour trois fois rien. Elles vivent. Elles se montrent leurs ongles colorés.  Deux tables plus loin, y’a deux mecs qui discutent affaires. C’est dur.  Je préfère la manucure. Y’en a un qui domine et l’autre qui écoute. Y’en a un qui dicte et l’autre qui acquiesce. « Le secret d’une autorité  quelle qu’elle soit tient à la rigueur inflexible avec laquelle elle persuade les gens qu’ils sont coupables » Raoul Vaneigem. Un vieux blues dégueule des enceintes perchées.

J’y suis allé au bout de la rue de la Gaieté. C’est un autre monde après la gaieté, c’est le boulevard Edgard Quinet. Une autre exploration. Taciturne et imposante, la tour Montparnasse est plantée là par hasard. Comme une grande gigue elle attend son bus. « Il est plus facile de sourire que d’être heureux » qu’on dit dans le film Fauve

Je suis rue du sourire. Il va falloir creuser sous le sourire, comprendre et vivre, se hasarder au delà des limites convenues, fuir les attitudes de façade, et retrouver la simplicité, la liberté. Réapprendre à marcher sur un fil, celui qui surplombe l’ombre et la lumière. Ne plus en descendre. Ne plus tomber. Ne pas sourire mais rire à la lumière et cracher sur l’ombre.

Retour vers le bar. J’allume une sèche. Le temps de tirer dessus, je marche, passe les boutiques à sexe. 3000 films pour un euros, lingerie fine et accessoires pour se faire plaisir. Ta gueule le plaisir, je veux de l’amour. Y’a la belle tronche de Cali plaquée sur les murs d’un théâtre et sur une porte à côté, celle du fils d’un célèbre clown, en thérapie de nez rouge. Y’en a qui confondent le cirque et l’hôpital. La Gaieté Montparnasse, le Petit Montparnasse, Théâtre Rive Gauche, Bobino, et puis tout en couleurs, en faïences, un théâtre de Comédie Italienne. Y’a du mouron chez les comédiens, coupes de crédits, fermeture… Je reviens au port.  J’embouque les passes, les eaux calmes du café, les tables rouges sur bâbord,  le comptoir en bois couvert d’un zinc, à tribord et, la petite table en face d’un funambule, tout en ferraille et plaqué sur un mur, les miroirs et « One more Time », John Lee Hooker. One more time…

Retour dans le métro. Y’a une indienne enceinte qui parle toute seule. Elle n’a pas de téléphone portable. C’est de l’Indi et c’est pas du virtuel, peut être qu’elle parle à son bébé.

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20 janvier 2014 1 20 /01 /janvier /2014 11:57

humeur-du-chef-4111.JPG

 

A Paris, il fait toujours gris. Pas rue de La Gaieté. Paris, Parue, j’y suis revenu. Un orange pressée et tout mon temps. La musique s’allonge et se répand sur le comptoir. Une petite scène au fond et le mot « Toilettes » en rouge comme une invitation à retrouver une glace pour se maquiller. Rouge à lèvres pour l’autre, mes yeux face au miroir. Qui se cache derrière mes yeux. L’ai je déjà vu ? C’est un cœur, un cœur amoureux. Retour à la table au dessus du Zinc, des cages comme les geôles de Louis XI, et des lumières à l’intérieur.  Rayonnent les âmes des lutins jadis emprisonnées et qui brillent pour effacer l’ombre d’une quelconque souffrance. Les pots de sucres en inox  irradient de tout l’éclairage ambiant, on dirait des casques, des heaumes de chevaliers aimables à la tête dure, des têtes emplies de  sirop de canne. « Ils sont partis par où les autres » demande un client.  Je pense aux chevaliers qui se sont tirés. Les tables sont dressées. Mon formica demeure celui d’un simple jus, puis d’un café, le temps d’une liberté cernée par des nappes rouges à carreaux blancs.

Prolonger l’instant, finir le verre et demander un « allongé ». C’est çà, juste, s’allonger et goûter à la tasse, afin d’en savourer toute la succulence du grain brûlé, écrasé, moulu, brisé, éparpillé comme une velléité de Raoul Volfoni. Une musique trainante, une vieille rengaine de  Dylan, et mon bras sur la chaise d’à côté, comme à l’arrière d’une Buick, sur une route de la côte West. au bout du comptoir  Une barbichette sur une tête échappée d’un Velasquez, la musique déboule, Ram Jam, Black Betty, merde mon café j’ai failli le dégommer, derrière le comptoir çà rigole. Get up, sex machine, et je me retire aux chiottes en dansant. Un bon pisseur en fait pisser plusieurs.

Demain j’irai au bout de la rue. Je veux voir ce qu’il y a, ce qui s’y cache ou bien s’y révèle, juste derrière, la gaieté. 

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