17 octobre 2013 4 17 /10 /octobre /2013 15:18

 

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LES MARGOULES

 

 

 

Saison D'automne

Episode 2

De quoi ?

On se tait, on lit en silence...

 

 

 

Donc, on disait …Enserré au pied d’un massif montagneux, un village, un bon et beau petit village…

 

 

Le samedi matin, au « Café du Temps qui se tasse », on se la refait façon Bar de la marine. Mais si la mer n’y est pas, la montagne veille, des fois que la marée monte. Ici, l’accent du midi s’est chargé d’une pointe de sel lorsque le vent est au « marin » qui vient du Sud Est. Et  le marin, s’il en est, en villégiature dans les vallées ou échoué au hasard de sa longue et heureuse retraite, s’enrhume ensuite sous l’influence du Rouergue, ce souffle du nord qui postillonne par ci et par là, quelques gouttes froides, sur les crânes chenus ou bien chevelus, ou bien suivant la mode, rasés sur les oreilles et surmontés d’une galette gominée, à laquelle il ne manque qu’une mèche pour en faire un béret. 

 

S’il a les joues un peu couperosées, c’est qu’il travaille dur au grand air. Collé à la manière d’un post it, un mégot jaunasse écobue et pendille à sa lèvre inférieure. La casquette en arrière, il jette un œil sur son jeu, tandis que de l’autre, il transperce la fenêtre astiquée et ensoleillée. Armand affiche au compteur la cinquantaine rebondie, il est employé communal et à cet instant, au lieu du manche, il tripote son paquet de cartes : 

« - Avise ceux qui passent dans la rue ! Des margoules, ouais des margoules que je te dis, des oiseaux de passage... »

 Préparant quatre pastis derrière son zinc, le patron tourne la tête au dehors.

André, gilet de barman et manches retroussées comme il se doit, est un grand chauve qui honore ses oreilles d’élégantes rouflaquettes. Il arbore le teint pale de son pastaga. La figure rehaussée de sourcils en accent circonflexes, il répond indigné :

-Bats les cartes au lieu de sortir des âneries que s’en sont presque des méchancetés...

 - Oh « « Pôvre », Margoule, ce n’est pas méchant ». Répond Armand mi- gêné, mi content. Et il balance sur la table un demi paquet de cartes d’un geste court à cause de son embonpoint.

« -Ben non, c’est pas méchant. C’est même tout à fait naturel... c’est juste un nom d’oiseau que tu rajoutes à une liste longue comme un jour sans fin ! » Lui répond André en rangeant la bouteille d’apéro.

« -Hé, regarde comme ils sont tout dépenaillés, ils s’enfilent  plusieurs couches comme des oignons, on dirait des cèbes* qui se meuvent... »

Milton, en face d’Armand lui répond : 

« -t’en fais une belle de cèbe, range tes cartes, figure de cougourde ! »

Les réflexions racistes d’Armand exaspèrent Milton. Elles décuplent son accent espagnol mâtiné d’américain. Elles font trembler sa chemise à carreaux. Elles gondolent sa veste en cuir noir aussi ridée que son front est plissé. Même par temps sec, ce genre de considérations embuent ses lunettes de Lou Reed et blanchissent sa crinière rassemblée en natte depuis sa guerre de 68. Enervé, il sort son tabac hollandais et s’en roule une ... Cà sufit pour aujourd'hui... A suivre… ( Episode 1 sous cette page)

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 14:12

/page/7/21144231.jpg LES MARGOULES

 

Saison d'Automne,

 

-Episode 1

-Hein ?

-Chut, taisez vous, on lit en silence s'il vous plait...

 


 

Au pied d’un massif montagneux, un bout de vallée, en cul de sac, les flancs couverts, adret et ubac, de chênes verts et de châtaigniers, juste un peu en hauteur, à l’écart d’un village, un bon et beau petit village…

 

 

-Un coup de pelle, à plat, sur la tête, et puis un autre en travers, sur le cou.

C’est un règlement de compte, marmonne le gendarme Moncornet, à l'adresse de l’inspecteur Gilles.

Au milieu de celles qui virevoltent, sous les bourrasques, Gilles se laisse à fredonner la chanson des feuilles mortes, celles qui se ramassent à la pelle.

Ce n’est pas bon, un assassinat un jour où il est de mariage. Et il soupire, et quand il soupire, ce n'est pas bon non plus, c’est qu’il marie sa fille cette après midi.

Et il n’est jamais là quand il faut, enfin s’entend, pour sa famille et puis pour ses proches. Et puis, et puis et puis, il se prépare à entendre encore sa femme, oui les inspecteurs, comme dans toute série qui se respecte, ont une femme, celle qu’on ne voit jamais, mais qui tient une place de choix, la voix de la raison, celle qui surmonte deux jolis poumons, je ne sais pas pourquoi, celle de Colombo on l'imagine en peignoir, une mise en plis et dans un décors de papiers peints des années soixante dix, un camaïeux d'orange et de maron avec des grosses fleurs... enfin, nous sommes en 2013, alors on imagine autre chose :

-ah ben voilà, et t’es encore parti, comme d’habitude, alors qu' il faut que tu sois avec nous, et c’est pas possible, et puis, pas aujourd’hui quand même…

Il tripote son portable dans la poche. Non, il ne va pas répondre malgré le vibreur qui bourdonne en rond dans la poche du veston comme un insecte en tricot rayé.

Quand même, y’a un type allongé sur le dos, sur l’herbe dans un tapis de feuilles d’automne. Il baigne dans son sang. La tête n’est pas complètement décollée. Celui là n’a pas choisi le jour du mariage de la fille de l’inspecteur Gilles.

Sale boulot, soupire l’inspecteur.

Le gendarme Moncornet tourne les talons et s’en va vomir derrière une touffe de genêts. Ben oui, on peut être gendarme et sensible,

-comprenez, dit il, en revenant et en s’essuyant la bouche d'un revers de mains, voire un peu de la manche du pull de panda bleu.

- comprenez, on n’a pas l’habitude par ici, d’une telle sauvagerie. Y’a bien des fois, un paysan qui se suicide en même temps que ses dettes et son ennui, oui, de temps en temps, ou bien on a affaire à un voleur de scooter, au maximum d’un tractopelle dans les affaires lourdes, ou alors des énervements post électoraux ou bien on traite d'une affaire de mœurs à la petite semaine, mais pas çà, et puis ce gars, c’est un gars sans histoires, marié, une fille, un gars jovial, plutôt le cœur sur la main.

- Vous le connaissez bien sûr, demande l’inspecteur ?

- Oui, on le connaît, Stéphane Malher, pas violent pour deux sous, un peu poète, un crypto gauchiste perdu et à l’ouest, pas fini comme disait sa mère, mais bon, un gars gentil, c’est impensable.

- Ben oui, si on se met à assassiner les gentils où va-t-on ? …

Ben, A suivre…

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15 octobre 2013 2 15 /10 /octobre /2013 10:51

humeur-du-chef-3716.jpgBonjour....et si on se mettait sur le dos, un petit polar pour l'hiver approchant, car tant et si doux que soit l'automne, il n'en reste pas moins que les températures et la lumière chutent, comme un graine d'espoir à brignolles, qui du coup perd ici, sa majuscule...les infos se ramassent à la pelle, comme les feuilles qui chutent et nous entrainent en ces moments de" crise", vers une espèce de fatalisme qui voudrait  nous insinuer ou nous obliger à considérer que les carottes sont cuites et qu'il va bientôt falloir songer à se réfugier à...Londres? Bon, que neni, organisons la résistance avant même d'avoir à s'en servir.

En attendant les "violons longs qui bercent nos coeurs d'une langueur monotonne", je me prépare donc à un nouvel excercice, à savoir un feuilleton ici même, un polar, modestement commis sur ce clavier mais quand même, écrit au jour le jour, en fonction de l'humeur et de l'inspiration et peut être de vos réactions ? Mise en ligne du Numéro 1, demain, mercredi 16 octobre ici même...

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 18:16

/page/7/05140253.jpgC'est curieux la ville, la grande ville, c'est à dire, quand on la retrouve après longtemps, longtemps, longtemps quand on s'est mis en quête des poètes disparus et qu'on les a retrouvés, qui dans un champ, qui dans un arbre qui dans le vent qui court dans les vallées, bref après tout ce temps quand on retrouve le chemin de la ville.

On commence par prendre le train qui va vite, et qui ne s'appelle plus un train, mais un tégévé, avec un billet qui s'appelle une idée tégévée, je ne pars pas en voyage, mais j'ai une idée tégévée, çà doit venir de l'occitan, "té j'y vé". Dedans un type prend le micro comme dans un bateau mouche, et vous souhaite au nom de l'équipage,atchoum,  la bienvenue, un peu comme s'il se croyait dans un avion, sauf  qu'il n'y a pas de commandant mais un cocher sur la bête humaine et qu'on attend que çà décolle... En fait le tégévé ne decolle pas du tout, et tout le long du trajet, le vol se fait sur les rails comme avant dans les trains. Et puis, il nous dit qu'on a pris place dans la partie Zen, et que parconséquent, faut être calme, tandis qu'il énerve tout le monde avec un discours qui n'en finit pas et d'une connotation toute commerciale, ce qui, finalement n'a rien à voir avec le Zen, d'autant que dans cette voiture je n'ai vu aucun crâne rasé, en kimono noir prêt à partir en session...Zen...

bon, je vous raconte la suite à ma prochaine connexion... ( blog un peu ératique, en raison de ce voyage jsutement...)

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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 10:43

humeur-du-chef 3740Elles sont compliquées, nos petites vies de petites bêtes, nous, qui n’animons plus des locomotives à vapeur, mais de simples cliques à tout juste faire frémir les compteurs de Pôle Emploi, à chercher dans les jours sans fin, une quelconque place, ou tout au moins insérer sa petite histoire au sein de la grande qui, finalement s’en nourrit même si elle fait mine de l’ignorer.

On ne pourra ici rien comparer, ni nos vies qui nous entrainent du matin jusqu’au soir à essayer d’imaginer ce que sera demain, ou bien comment surgira t elle cette putain de bonne idée qui fera de nous un véritable acteur de nos vies, on ne pourra rien comparer évidemment  avec ceux qui sous d’autres cieux, moins bien lotis, ont affaire à l’horreur du quotidien, non bien sûr, on pourrait même s’en satisfaire d’être ici, à l’abri de l’arbitraire, de l’ignoble violence qui sévit en de nombreux points de la planète et des injustices sans nom qui affligent des peuples en entier, mais que dire alors, si résignés, il faut s’en satisfaire, et se dire qu’après tout, même la mal vie, c’est déjà de la vie.

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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 15:24

15132947Je suis là sur ma table à jouer avec deux morceaux de sucre devant mon petit noir, mon allongé qui est censé me tenir debout pour la journée.

Dans le bar, des ouvriers plaquistes se retrouvent et s’en jettent un petit, avant de démarrer la journée. Certains ont gardé la "tetête" de fin de journée, hirsutes, mal rasés et poussiéreux, tandis que d’autres à la place de la combinaison « corporate » sont emmaillotés d’un jogging grisâtre à l’allure de pyjama informe mis à part aux genoux et au cul, qui gardent la forme du pyjama assis même quand ils sont debouts.

Je tripote les sucres sur la table et je repars, comme tous les matins…

C’est curieux une route de collision sur l’immensité de l’océan. Il y a de la place partout et pourtant ces deux là sur l’eau semblent voués à se rencontrer. C’était calme çà ne l’est plus. Tout a changé, il a suffit que ces feux anonymes crèvent la nuit pour que tout change. Ici, un seul être apparaît et tout semble animé.

Le vent lui aussi a changé. Il adonne, c'est-à-dire qu’il oblige à serrer plus encore la route de ce cargo qui s’envient vers moi. C'est peut être le Karaboujian du Capitaine Hadock.

Les relèvements successifs indiquaient pourtant qu'on se croiserait avec une bonne marge de sécurité, maintenant s’il n’oblique pas sa route, il faudra abattre. On peut pas boire son jus dans café tranquille et assurer une bonne veille. A mille lieues, on dit mille milles ici, de ceux qui à terre dorment, se jouent des trajectoires,  des obliques, des calculs pour s’éviter. Surtout ne pas se rencontrer. On n’est pas convié à une réunion Tupperware, même s’il y a beaucoup de plastique à flotter sur la mer jolie.

Sur cette surface liquide et mouvante toute rencontre inopinée et bruyante se solde par un échec, par une collision. A terre, une rencontre peut éclairer le chemin, le temps d’un sourire, d’une conversation ou bien d’un échange. Encore qu'avec les plaquistes du matin on est aussi "bercouille" qu'en tentant de converser avec les chaseurs des Inconnus. Du moins c’est ce que j aime à croire même que, même que je sais que ce n’est pas tout à fait vrai. Enfin, les sucres, ah oui, les sucres.

J’ai abattu, le navire passera au loin et la nuit continue d’envelopper ce mystère des bateaux qui se croisent en s’épiant.

Dans le cockpit, la bouilloire siffle et la radio murmure. Je descends me réchauffer et je verse l’eau fumante dans la théière. Puis je m’assois à la table de navigation et je regarde comme un papillon ébloui, l’écran de l’ordinateur.

Le logiciel magique indique d’autres navires, par l’intermédiaire d’un système appelé l’AIS. Leurs noms apparaissent en vert et d’un clic on sait comment ils s’appellent, où ils vont, ce qu’ils transportent et puis leur tirant d’eau et puis leur route, et puis l'âge du capitaine, et s'il est heureux et si la femme du marin qui s'ébroue dans son coeur est partie chez un voisin... et puis la vitesse et tout çà avec des noms aussi exotiques que ceux des chevaux de courses parcourent sans cesse la surface de l’eau.

Un instant, je sais plus ce que fais là. Ici ou ailleurs quelle importance? D'un bistrot, je suis parti d’un point pour en arriver à un autre et entre les deux faut faire le point, un point c'est tout. Je m'emmerde un peu sur le plancher des vaches alors autant se diriger sur une route qui n'existe pas mais qui s’invente à mesure que je l'empreinte sans laisser d'autre trace qu'un sillage éphémère. Tiens, un autre surgit qui fait la même chose. Un grand type s'assoit sur la table d'en face, peut être qu'il navigue ou bien qu'il conduit des tractopelles ou un thyranausore, enfin, à voir sa trogne, il rêve aussi. Prenons de la hauteur, à regarder de plus haut c’est comme contempler une fourmilière et des trajectoires d’insectes besogneux et mus par le besoin d’une collectivité.

« Homme libre toujours tu chériras la mer »…ici comme ailleurs, personne n’est tout à fait libre et tout le monde reste sagement sur sa route.

Les voiles fasseyent, allez un peu d’animation et puis tôt ou tard il faudra virer de bord. Ici, on peut virer de bord sans retourner sa veste et que personne n’y trouve à redire, sans se déjuger ou bien changer d’opinion. Ce qui importe c’est d’arriver et avec un peu de chance, repartir. Les marins sont un rien compliqués, ils ont toujours hâte de partir et quand ils sont partis ils ne pensent qu'à arriver.

Y’a l’autre qui dort en bas dans sa couchette. Il dort tranquille puisque je veille.

-Bon faut le boire ce café, sinon çà sert à quoi que je m’escagasse à le servir bien chaud Hé ?

Ah oui, le bar, les sucres, c'est encore marée basse dans ma tasse.

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 14:26

Photos No limit 133La lune est rousse. Elle est Kilkenny comme la dernière bière avant d’embarquer. Son reflet glisse sur l’eau. Elle accompagne le regard rassuré par cette présence toute féminine. Devant la barre, fourrée au cuir, deux hauts parleurs diffusent en douceur « What do New York couples fight » about » de Morcheeba.

Qu’importe le sujet, les voix et la mélodie m’emportent et s’accordent à ce moment, en mer, la nuit, la lune, la voile immense et dressée pour le couvert pour un menu hors normes, une nuit de quart sur un voilier exceptionnel. Devant, la toile de spi parle avec discrétion faisant état d’une larme vers le haut qui indique que le réglage est bon.

Ca roule et la nuit est douce et les rêves sont relégués en arrière plan d’une réalité bien plus belle encore, cinquante deux pieds à frémir comme des chevaux de mer attelés et fonçant dans la nuit.

Je suis seul sur le pont, tandis l’autre, le maitre après Dieu, dort dans les entrailles de l’animal qui taille sa route en fendant les eaux froides de l’Atlantique.

La vague d’étrave laisse au bord éclairé par l’astre un scintillement de planctons innombrables comme un salut aux étoiles qui crèvent la voute céleste.

J’ai la chair de poule, un frisson de bonheur d’être comme posé là, à sentir avec le cul, comme on dit sur un voilier, la tenue de cette bête de course sur les flots qu’elle avale en recrachant dans son sillage une signature qui s’évanouit dans les ténèbres de l’océan. L’heure de la fin de mon quart est passée depuis longtemps déjà et je m’aventure à prolonger ma veille et ma gourmandise de tenir encore plus les reines de cette bête toute blanche.

Elle jaillit au portant comme un grand oiseau le fait d’un coup d’aile prolongeant son élan porté dans un courant ascendant.

Au matin, bon prince, il me dira, je t’ai laissé, je sentais  que le bateau allait bien. De sa part c’était un cadeau.

Dans mon bar ce matin, j’ai comme une larme qui faseye en haut du cœur gonflé comme une toile et qui révèle l’ennui d’un marin embouqué entre une rangée de chaises balisant son chenal qui mène jusqu’au ponton d’un petit zinc arrimé.

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29 septembre 2013 7 29 /09 /septembre /2013 11:57

 humeur-du-chef-3057.JPGDans son atelier céleste, son attraction universelle, Celui dont on se saurait parler sans s’attirer les foudres de ceux qui en parlent si mal, Il  ouvrageait dans un fourbis nuageux et interstellaire, en maugréant:

-ce qui est énervant avec la fébrilité c'est le manque de concentration.

-C’est cela même, Seigneur, disait en pouffant dans son dos, un barbu qui répétait sans cesse, c’est en voilà que Léonard de Vinci… 

-Etonnant non ? Disait un certain Desproges qui considérait les deux vieux avec un sourire malicieux,

-C'est de bon aloi au ciel, c’est à dire, ajoutait maitre Capello

Paré d'un pull Jacquard, un nouvel arrivant,redondait, et contemplait attendri, un autre anonyme, coiffé d'un chapeau ridicule orné d'une plume, qui tripotait le cul d’un ange flatté par ailleurs, de se faire tirer les ailes par Robin des bois.

Il ajoutait goguenard:

-Ce qui est inquiétant Seigneur, dans l'angoisse des hommes c'est que çà peut les rendre anxieux, aussi, si je peux me permettre…

-Ah toi ta gueule, lui rétorqua un diablotin égaré en ces lieux de sainteté  et chassé de sa sieste par le boucan des bavards évaporés et aux couvres chefs circoncis d’une capsule évanescente  et gazeuse.

L'affreux déguerpit et replongeat dans la chaudière du sous sol, arrachant la plume de Robin qu'il se mit à son cul.

C'est tout pour aujourd'hui.

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 15:42

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 Le petit noir me donne tous les matins de la couleur. Il me donne aussi du son, celui de la petite cuillère avec laquelle je touille dans la tasse.

C’est un cliquetis, c’est aussi un geste qui devient automatique et s’apparente à la mécanique d’une horloge ou bien au tintinnabulement d’une autre machine, et dans mon esprit embué, les images reviennent, tandis que dans le café les conversations s’animent, qu’elles résonnent des actualités en fond d’écran plat dont chacun aura une vision s’accordant au plus près de la ligne éditoriale du bar.

Ben oui, une ligne éditoriale c’est quoi au juste ? Une pléthore de sens communs partagée par une tribu réunie dans le rituel d’une cérémonie quotidienne ? Une pléthore ? Définition : surabondance de sang et d’humeur en ancienne médecine…Ce doit être cela. C'est une médecine.

Derrière le bar officie le présentateur, celui là même qui me sert sans que je lui ai demandé mon « allongé », parce qu’il sait bien que c’est un allongé qui accompagne mon pain au raisins. Il vient me le déposer en continuant de parler aux clients, debout devant le comptoir, sans me regarder, sans quitter des yeux les autres qui persévèrent dans leurs  commentaires.

La télé crache son lot d’informations, entremêlées de sport, de catastrophes et de discours, mêlant les viols, les vols, le miel et la discorde, le tragique et l'absurde, l'insignifiant et l'importance du monde recraché d'un entonnoir pixellisé.

Au dessous du plateau des journalistes, une bande passante en rajoute une couche, défilant telle une annonce d’importance et tend à faire oublier par sa propre répétition celle qui est à l’œuvre en images.

Je touille et je retouille,  je toutouille et s’en vient un souvenir, un cliquetis, le son d’un petit matin, très loin, qui remonte à la surface tout comme remontait maillon par maillon la chaine arrachant l’ancre. Je dormais après un long quart de nuit, juste avant le mouillage, au lever du jour le navire devait à nouveau faire route et le bosco s’affairait seul, sur la plage avant. Pourtant bien au chaud dans ma bannette, j’avais envie de l’accompagner, lui qui était au froid sur le pont à s’activer pour qu’on dérape de Camaret. J’avais envie de l’aider, réveillé par la mécanique du guindeau peinant à remonter la ligne de mouillage. Ce bruit de cloche du métal, de chaque maille qui cogne sur les dents du treuil avait quelque chose d’amical, qui battait comme un rappel, comme une invitation à poursuivre les rêves éveillés, mais cette fois ci en bottes sur le pont. Lorsqu’il me vit, il me sourit, lui qui ne souriait jamais, cette force de la nature aux mains calleuses, ce personnage monolithique et impassible. Il affichait un sourire de brute, ce sourire qui rend tout aimable, même l’acier, même le gris du ciel prêt à se noyer sur les eaux frissonnantes.  Je lui ai tendu la main, et sa grosse main est venue à la rencontre de la mienne avant de l’écraser. Toujours compter ses doigts avant de serrer la main du bosco avait prévenu le chef machine.

Une autre, abîmée par des travaux pénibles, fait irruption sur ma table, et subtilise mon journal, m’arrachant aux souvenirs de mer, tandis que je reviens subitement dans ce café provençal , derrière les vitres sur lesquelles glissent du temps passé et les gouttes d’une première pluie d’automne. Et je touille et je retouille, un maillon, deux maillons, trois maillons, haute et claire annonce le bosco à la passerelle, tandis qu’au bar quelqu’un réclame sa petite bière, sa première…

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 14:50

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C’est quand il fait gris que les rues se parent de toutes leurs tristesses des pas engloutis, et à cheminer au petit matin dans les premiers frimas qui augurent du bel automne, cette saison si belle pour ceux qui se gobergent d’un esprit résolument positif, la vie prend une saveur tout à fait fraiche et l’esprit s’étire de tout son long comme au temps des rentrées de classe, les yeux fixement rivés sur la date inscrite au tableau, celle là même qui mesurait toute la distance à parcourir pour retrouver le bel été.

C’est d’un pas mal assuré qui cherche ceux d’hier, ne sachant pas quel trace il laissera pour demain que je m’en vais vers le café, muni d’un pain aux raisins et « d’une langueur tout à fait monotone » et tout en monochrome je vais m’asseoir à la place habituelle, derrière les vitres sur lesquelles la pluie ruisselle et je demande « mon allongé », comme pour boire dans le petit  noir, l’élixir de toute une nuit à rêver d’un soleil qui se cache et s’attarde à présent aux confins de l’hémisphère sud.

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